
Merci, François, de me donner la parole en ce début de discussion publique.
02/05/2007 - Propos recueillis par Chloé Durand-Parenti - Rubrique coordonnée par Valérie Peiffer - © Le Point.fr
Après avoir envisagé d’être candidate à l’élection présidentielle, Corinne Lepage a choisi de soutenir François Bayrou. La présidente du mouvement écologiste Cap 21 a en effet préféré orienter le programme du président de l’UDF vers plus d’écologie et s’engager dans un dépassement du clivage droite/gauche. Aussi s’est-elle battue pour que François Bayrou ne noue pas d’alliance avec la droite. Aujourd’hui, elle livre au Point.fr son sentiment sur les deux débats de l’entre-deux tours.
Le Point.fr : Comment percevez-vous la tentative de rapprochement opérée par Ségolène Royal en direction de François Bayrou ?
Corinne Lepage : Je suis très attachée à la création d’un troisième pôle dans la vie politique française. Cela ne sera possible qu’en rapprochant le centre droit et le centre gauche. La main tendue par Ségolène Royal est donc la bienvenue. Reste que la candidate socialiste n’est certainement pas en accord avec l’ensemble du PS sur ce point. Difficile aussi d’oublier une première partie de campagne où la démarche de François Bayrou ne semblait intéresser personne, puis ce revirement en moins d’une semaine… La révolution du Parti socialiste vers une social-démocratie n’est pas encore faite, c’est maintenant qu’elle va se jouer.
Qu’avez-vous retenu du débat qui a eu lieu samedi dernier entre François Bayrou et Ségolène Royal ?
Je l’ai trouvé de bonne qualité. Ils se sont écoutés en recherchant des convergences, ce qui n’est pas courant dans la vie politique française. Ils se sont aussi exprimés clairement sur leurs points de divergences. C’est une nouvelle façon de débattre que je trouve intéressante. Elle permet d’aller au fond des choses et de nuancer les positions et les propos, d’échapper à une politique « binaire » où tout est noir ou blanc… La réalité est plus souvent faite de gris. Je ne comprends pas ceux qui ont soutenu que ce débat était inconstitutionnel, ni ceux qui ont poussé des cris d’orfraie. Les candidats du second tour peuvent bien débattre avec qui ils veulent. Ces réactions étaient empreintes de mauvaise foi.
Y avez-vous vu plutôt des convergences, ou plutôt des divergences ?
La façon dont le débat a été organisé ne permet pas, à mon avis, de trancher cette question. De nombreux thèmes fondamentaux n’ont pas été abordés, comme la politique extérieure, la place de la Turquie en Europe ou la fiscalité. D’importantes convergences sont apparues, notamment sur la question des institutions. C’est un sujet très important mais l’économie l’est aussi et là, les différences sont nettes, sur la place de l’État, le rôle des services publics… Ils partagent cependant une conception commune de la politique et de ce que doit être une société apaisée.
Ce soir, (le 02/05/07 ndlr) un débat aura lieu entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, qu’attendez-vous de cette confrontation ?
Pas grand-chose. Sur le fond, je crois savoir ce qu’ils vont dire. C’est un spectacle médiatique avant d’être un événement politique… Cependant, l’aspect tactique m’intéresse beaucoup. J’observerai donc attentivement comment chacun va se sortir de ce débat.
Pensez-vous que ce débat puisse vous amener à affiner votre position pour le second tour ?
Je n’ai pas donné de consigne de vote et je n’en donnerai pas. Je préfère laisser les citoyens voter en conscience. J’ai toujours été très dubitative quant à ces fameuses consignes… Les électeurs restent libres quoi qu’il en soit.
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L’écologie politique à la française est-elle possible ? |
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CAP 21 et Corinne LEPAGE accueillent avec satisfaction les soutiens d’Yves Cochet ou de Dominique Voynet à l’idée de refondation de l’écologie politique lancée récemment par des élus de CAP 21, des Verts, du MEI, des responsables associatifs et des personnalités scientifiques (Libération du 23 avril). Ce travail de refondation doit conduire à la création d’un pôle écologiste au centre, porteur d’une ambition qui transcende les clivages et ne pas reproduire les errements du passé qui ont conduit à affaiblir considérablement l’écologie politique au cours de cette campagne. Refonder c’est accepter l’idée de changer. La voie ouverte par Corinne LEPAGE doit permettre la convergence et le rassemblement d’un maximum d’écologistes qui souhaitent défendre une écologie réaliste, positive et humaniste et au-delà de tous ceux qui placent l’éthique et les valeurs de la République au cœur de leur action. Tous ensemble il nous faudra démontrer notre capacité à inventer ce nouvel espace politique avec suffisamment de pragmatisme, d’ouverture et de courage pour y parvenir |
A l’issue de ce premier tour de l’élection présidentielle, plusieurs enseignements méritent d’être tirés :
- Le taux de participation est exceptionnel et s’inscrit dans la dynamique constatée au cours de la campagne. Les Français ont retrouvé le chemin des urnes, ce scrutin est une vraie victoire pour la démocratie.
- Il est marqué par le recul de l’extrême droite et du vote protestataire, signe de l’évolution de l’électorat vers un vote « utile » dès le premier tour en réponse au traumatisme du 21 avril 2002. Pour autant, il ne signifie pas le recul des idées du Front National. L’affirmation des valeurs humanistes, de solidarité, de fraternité, d’égalité, de laïcité doivent être plus que jamais au cœur du message politique de CAP 21 comme rempart contre les tentations communautaristes ou nationalistes d’une frange de la Droite républicaine.
- François Bayrou aura su prouver que l’espace politique pour la constitution d’un grand centre, au delà de la gauche et de la droite n’est pas aussi étroit que les commentateurs politiques voulaient bien le laisser entendre et répond à l’aspiration de nombreux concitoyens lassés de l’inefficacité des alternances gauche-droite. La voie est ouverte, la dynamique de rassemblement est en marche.
- L’écologie politique doit aujourd’hui emprunter cette voie de la refondation. Le développement soutenable n'est soluble ni dans le libéralisme ni dans le socialisme. Il appelle un nouveau modèle de société dans lequel le politique doit redevenir le défenseur de l'intérêt collectif et non le porte voix d'intérêts particuliers. C’est le sens de l’appel publié ce matin dans Libération par des membres des Verts, de CAP 21, du MEI et des personnalités scientifiques
Les conseillers Environnement des candidats UMP, UDF et PS à la Présidentielle répondent à Actu-Environnement
Corinne Lepage, Ancien Ministre de l'Environnement, Présidente de Cap21, ralliée à François Bayrou.
AE : François Bayrou compte nommer un n°2 du gouvernement chargé du Développement Durable. Quels seront ses missions et ses moyens ? En quoi sa fonction sera différente de l'actuel secrétaire d'état au DD ?
CL : Le vice-Premier ministre du développement durable sera chargé de mesurer et de valider au niveau transversal, l’influence de tout choix politique axé sur le long terme. Doté d'un pouvoir de contreseing4, ce numéro 2 du Gouvernement disposera donc d'un moyen important pour faire peser ses décisions sur les choix politiques importants. Il s'appuiera notamment sur un certain nombre d'organes comme le Plan, la MIES6 et plus généralement tous les organes d'état en charge de l'évaluation des politiques publiques. Doté d’une autorité réelle sur l’équipe ministérielle et les représentants de l’État, notamment grâce à son pouvoir de contreseing, son poste n'a donc rien de comparable avec celui de l'actuel Secrétaire d'État au Développement Durable qui, rattaché au Ministère de l'Écologie et faute de moyens accordés, n'a pu correctement assurer sa mission.
AE : Le GIEC vient de rendre public son second rapport. Quelles seraient, selon vous, les actions prioritaires à mener au niveau national pour limiter et s'adapter au changement climatique ?
CL : À la suite de nos échanges, François Bayrou a repris les trois propositions les plus forte de mon propre programme, à savoir une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 15% sur 5 ans, un plan d'adaptation au changement climatique, respecter le nouvel objectif européen de 20% d'énergies renouvelables et non pas ''non-carbonnées'' dans la consommation d'énergie primaire. Bien entendu, avec ces propositions, toute une série de mesures concrètes est prévue comme, par exemple et à titre non exhaustif, l'obligation dans le Bâtiment d'installer des équipements de production d'EnR sur toute construction nouvelle, le respect d'un plafond de consommation de 50 kWh/m2 en 2010 énergétique pour les bâtiments neufs, le lancement d'un grand plan de rénovation dans le but d'accroître la performance énergétique des logements anciens. Du côté des transports, nous voulons notamment instaurer une taxe à la tonne/km transportée par la route et rééquilibrer les investissements publics en faveur du ferroutage et du transport fluvial. En amont, nous rééquilibrerons les budgets de la recherche au profit des écotechnologies, et notamment sur les EnR pour ce qui concerne l'énergie.
AE : De nombreuses solutions existent de par le monde pour réduire drastiquement les émissions de CO2 (véhicule hybride japonais, panneaux solaires allemands, éoliennes nordiques). Le climat ne serait-il finalement pas l'otage d'un certain protectionnisme et d'intérêts économiques à court terme ?
CL : Bien sûr les intérêts économiques existent bel et bien et c'est naturel. Mais contrairement à d'autres pays tels que l'Allemagne qui a beaucoup investi sur l'éolien puis le solaire, la France a tout misé sur le nucléaire qui, je le rappelle, n'est pas durable ! Or mis à part les technologies de séquestration du CO2, cette quasi exclusivité d'investissement au profit du nucléaire, a conduit la France à un sérieux retard industriel sur l'énergie. C'est donc précisément pour atteindre le développement économique que l'on est en droit d'attendre de ces filières durables que nous prendrons les mesures nécessaires pour que la France s'inscrive dans une démarche systémique, c'est-à-dire, depuis la R&D jusqu'au financement en passant par la formation, la fiscalité, la réglementation et la normalisation
AE : Les ménages semblent encore trop souvent rejeter la cause du réchauffement climatique sur les industriels et les pouvoirs publics. Comment pensez-vous pouvoir les sensibiliser à l'impact de leur consommation et modes de vie ?
CL : De toute évidence ! Trop souvent les Français ne connaissent, ou n'ont pas les moyens de prendre conscience de leur propre impact. Et c'est précisément parce qu'elle est fondamentale, que François Bayrou a décidé d'appliquer la proposition de l'Alliance pour la Planète sur la publicité. Tant qu'il existera des publicités fallacieuses, voire mensongères sur l'effet environnemental de certains produits, il sera très difficile de changer les comportements !
Par ailleurs, il convient que l'état affiche enfin une vraie cohérence dans ses actes pour qu'il ait valeur d'exemple et que la sensibilisation soit crédible. Par exemple, alors que le taux de 20% de véhicules économes dans les flottes publiques a été inscrit dans la loi sur l'Air, les décrets d'application n'ont jamais été publiés. C'est aberrant !
AE : Les pouvoirs publics semblent prendre conscience de l'impact d'un environnement dégradé sur la santé. Au regard des implications économiques et sociales sur les secteurs d'activités concernés, jusqu'où pensez-vous qu'il soit possible pour le nouveau Président de soutenir le principe de précaution ?
CL : Rappelons que sur nombre de mesures de précautions concernant la Santé Environnement, la France est en retard sur ses voisins européens. Dès lors, nous avons le devoir de faire, au moins, aussi bien voire mieux. C'est notamment en ce sens que François Bayrou propose la création d'une autorité indépendante d'alerte environnementale, l'application rigoureuse de REACH5, l'instauration d'un moratoire sur les OGM, une réduction de 50% en toxicité des pesticides en 5 ans, une diminution massive de l'utilisation des apports azotés (nitrates) et des mesures destinées à favoriser le développement de l'agriculture biologique et intégrée.
Par ailleurs, le PIB se limitant aux seuls aspects économiques, la vision de la création de richesse est déformée. C'est la raison pour laquelle nous doterons la France d'un outil de bien-être économique qui existe d'ailleurs déjà au sein de l'OCDE et qui, outre l'économie, intègre les paramètres sociaux et environnementaux.
AE : Quel est votre sentiment et celui du candidat que vous représentez sur la très récente publication du décret d'installation de l'EPR à Flamanville ?
CL : Je suis une nouvelle fois très satisfaite que mes propositions sur ce sujet aient été reprises par François Bayrou. En effet, à l'instar d'un moratoire sur les OGM et les incinérateurs, d'un plan ambitieux de réduction des déchets à la source, il s'est prononcé très fermement sur le sujet, en passant d'une proposition de nouveau débat public à une suspension pure et simple du décret. S'il n'est pas anti-nucléaire, François Bayrou souhaite en effet donner le temps au débat afin que soit déterminé sereinement qu'elle doit être la part du nucléaire dans le bouquet énergétique français et la part des investissements à lui consacrer aux côtés des autres sources d'énergie.
Propos recueillis par David Ascher - www.actu-environnement.com
L’ancienne candidate à la présidentielle Corinne Lepage est venue, hier à Euralille, apporter son soutien à François Bayrou. Non sans garder son indépendance de pensée.
- M
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- Quel est-il ?
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- Sur la question du nucléaire, les divergences persistent ?
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- Vous a-t-il proposé le poste de vice-Premier ministre ?
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RECUEILLI PAR J. LÉCUYER,
Au lendemain du Meeting de François BAYROU à Noyelles Godault
CORINNE LEPAGE, Présidente de Cap 21,
sera à LILLE le Mercredi 11 Avril 2007
Programme détaillé:
Rendez-vous à l'Espace international - 299 boulevard de LEEDS à Lille ( tout près de gare Lille europe)