L’AFSSET (Agence Française de Sécurité Sanitaire de l'Environnement et du Travail) publie ce jour un rapport et un avis d’expertise sur la pollution de
l’air par les particules fines et son impact sur la santé. L’avis conclut qu’on ne peut trouver de seuil de pollution au-dessous duquel il n’y aurait pas d’impact sanitaire. De plus les
expositions fréquentes à des niveaux modérés de pollution ont plus d’impact sanitaire que les pics, en France.
Diverses études ont jusqu'ici montré les effets délétères de la pollution par les particules fines (d'une taille inférieure à 2,5 microns ou PM2,5). Une augmentation de leur concentration de 10µg/m3 a été associée à une réduction de l'espérance de vie de 1,11 année aux Pays-Bas, de 1,37 an en Finlande et de 0,8 an au Canada.
NdlR: Les experts de la Communauté Européenne estiment la surmortalité en France liée à l'exposition aux particules fines à 30 000 décès par an ce qui est considérable et plus important encore que la mortalité par accidents de la route.
Une vidéo de l'exposé de Corinne Lepage, ancienne ministre de l’environnement, avocate et
présidente de Cap 21 dans le cadre du Congrès "Les respirations d'Enghien" des 9 au 11 Novembre 2007.
Dans son exposé, Corinne Lepage aborde le problème de la pollution de l'air
causée par le trafic automobile sous les angles des émissions de particules fines comme des émissions de CO2 et du problème de la responsabilité. Elle souligne la particularité française de la
trés forte "dieselisation" du parc automobile français et du manque de volontarisme des constructeurs pour équiper ces véhicules de filtres à particules et pour limiter les émissions de CO2 de
manière forte.
A ceux qui pensaient être à l'abri de la pollution bien calfeutrés chez eux, Marie-Christine Blandin, sénatrice (Verts) du Nord-Pas-de-Calais, adresse un démenti. Rapporteur de l'office parlementaire des choix scientifiques et technologiques, composé de 32 parlementaires de toutes tendances politiques, l'élue rend public, jeudi 31 janvier, un travail consacré aux polluants de l'air intérieur. Le texte a été adopté à l'unanimité par l'office.
Selon la sénatrice, il s'agit d'un "enjeu sanitaire majeur". L'air intérieur est un "cocktail à risques" trop peu surveillé et dont les effets sur la santé ne sont pas correctement évalués, affirme-t-elle. Cet air est pourtant "davantage pollué, quantitativement et qualitativement, que l'extérieur". Le confinement augmente l'exposition des individus. De plus, nous passons 85 % de notre temps à l'intérieur, dans diverses "boîtes" : bureaux, maisons, voitures, bus, gymnases, bars, etc.
L’augmentation rapide de
la concentration des particules fines entraîne :
La pollution
générée par la combustion du bois est critique par temps couvert et absence de vent comme cela arrive souvent en période hivernale. Souvent les cheminées sont mal dimensionnées, en hauteur en
particulier, pour une bonne dispersion des polluants dans l'atmosphère. Les retombées de suies, de particules fines diverses, d'oxydes d'azote et d'HAP (densité lourde par rapport à l'air) sont
donc inévitables dans ces cas-là.
Avec l’entrée en vigueur d’un péage urbain à Milan et d’une éco-pastille à Berlin, Cologne et Hanovre, l’année 2008 commence sous le signe de la lutte contre la pollution automobile urbaine. À chaque ville sa solution.
GRENOBLE ENVOYÉE SPÉCIALE
La plupart des chaudières brûlant du bois échappent à toute réglementation. Pour les autres, les normes en vigueur sont bien moins sévères que pour les incinérateurs à déchets
Le chauffage au bois est-il aussi écologique qu'il en a l'air ? A priori, cette source d'énergie semble parée de toutes les vertus ; elle est notamment considérée comme neutre en matière d'émission de gaz à effet de serre - à condition que l'on replante l'équivalent de ce qui est brûlé. Aussi l'Etat a-t-il encouragé l'expansion des chaudières à bois par l'entremise de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe). Selon celle-ci, 1 880 chaudières sont aujourd'hui installées sur le territoire national, notamment dans la région Rhône-Alpes, la deuxième du pays en puissance installée.
Or des spécialistes de l'environnement de la région s'inquiètent des émissions nocives dues à la combustion. L'arbre capte en effet tous les éléments contenus dans l'atmosphère et dans le sol et, lorsqu'il est brûlé, on retrouve dans l'air un certain nombre de produits dangereux.
Gabriel Ullmann, expert auprès de la cour d'appel de Grenoble pour les questions d'environnement, n'hésite pas à parler d'une " véritable chape de plomb et de malhonnêteté intellectuelle ". " C'est une véritable bombe à retardement sanitaire qui nous attend, similaire à ce qui s'est passé pour les incinérateurs " de déchets, affirme-t-il. Un risque d'autant plus grave que, contrairement aux incinérateurs installés hors des cités, les grandes chaufferies sont construites en centre-ville, près des écoles, des maisons de retraite, des hôpitaux et des habitations.
" FLOU ARTISTIQUE "
M. Ullmann s'alarme du fait que 85 % des chaudières à bois, dont la puissance est inférieure à 2 MW, échappent à toute réglementation. Quant aux autres, même si elles doivent respecter des normes en matière d'émission de polluants, elles sont autorisées à rejeter des effluents en quantités plus importantes que les incinérateurs. Cela concerne les poussières - et notamment celles dont le diamètre est inférieur à 10 microns et qui se logent dans les poumons -, le monoxyde de carbone et les oxydes d'azote et de soufre.
Contrairement aux incinérateurs, aucune valeur limite n'est précisée concernant les émissions de métaux, de dioxine et d'hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), dont une grande partie est cancérigène. Au total, " on reste dans un flou artistique ", ajoute M. Ullmann. A tel point que la direction régionale des affaires sanitaires et sociales de Rhône-Alpes s'en est émue et a demandé à la ministre de la santé, Roselyne Bachelot, sa position face à ce risque sanitaire. Sans réponse pour l'instant. D'autres régions (PACA, Centre, Lorraine, Ile-de-France, Picardie) posent la même question.
Marie-Blanche Personnaz, directrice de l'Association pour le contrôle et la prévention de l'air de la région grenobloise (Ascoparg) estime que " l'on risque de tuer le bébé avec l'eau du bain si on ne prend pas des mesures sanitaires dès maintenant ". Selon elle, il serait dommage d'arrêter le développement de la filière énergie-bois pour ne pas avoir su faire face au problème des émissions dangereuses. Déjà, Grenoble et Lyon sont saisies par l'Union européenne en raison d'un taux de poussières trop élevé. " Et, pour les HAP, ajoute-t-elle, Grenoble est proche de la valeur cible imposée par une directive européenne de décembre 2004. "
Les pouvoirs publics sont avertis de la difficulté qui a été abordée lors des discussions du Grenelle de l'environnement. En février, Philippe Richert, vice-président du Sénat (UMP, Bas-Rhin), expliquait déjà, dans un rapport sur la qualité et le changement climatique, que la pollution due à la combustion du bois était une " réalité aujourd'hui méconnue, voire occultée en France ". Et il mettait en avant " la nécessité pour les pouvoirs publics de se saisir à bras le corps de ce problème, pour éviter qu'à l'horizon de dix ans, le bois ne devienne dans notre pays l'un des principaux contributeurs aux émissions les plus toxiques ".
Le blocage est peut-être dû au coût des filtres. Un système minimal renchérit en effet le prix de la chaudière de 20 %. Ce surcoût peut atteindre 100 % si l'on veut
arriver au niveau de filtration des incinérateurs à ordures.
CHIFFRES :
1 400 CHAUFFERIES URBAINES ET 480 CHAUFFERIES INDUSTRIELLES sont installées en France grâce au programme bois-énergie de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe).
PLUS DE 60 SOCIÉTÉS organisent et livrent du bois combustible, et plus de 300 organisations institutionnelles et professionnelles interviennent sur ce marché.
LA CONSOMMATION DE BOIS REPRÉSENTE 9 MTEP (millions de tonnes d'équivalent-pétrole) sur les 275 Mtep consommés en France chaque année. Cela a permis de réduire les taux de CO2 du pays de 700 000 tonnes.
LA FILIÈRE UTILISE 35 MILLIONS DE M3 de bois par an, dont 20 millions de m3 d'origine forestière.
La combustion de biomasse (feux de cheminée, feux agricoles et feux de jardins) est responsable de 50 à 70% de la pollution carbonée hivernale en Europe. Tel est le verdict rendu
par le programme européen CARBOSOL chargé d'étudier la pollution particulaire en composés carbonés en Europe, et coordonné par le Laboratoire de glaciologie et géophysique de l'environnement
(LGGE, CNRS / Université Grenoble 1). Un résultat surprenant, à paraître le 15 décembre dans The Journal of Geophysical Research, qui a en outre le mérite de souligner les voies possibles de
lutte contre cette pollution.
Dans les années 2000, des campagnes de mesure de la pollution particulaire globale, c'est-à-dire de tous les aérosols, ont été lancées. Elles étaient en partie
motivées par la croissance de la motorisation diesel, forte émettrice d'aérosols carbonés, dont on pensait qu'ils jouaient un rôle notable dans la pollution particulaire.
C'est dans ce contexte qu'a été lancé, en 2001, le programme européen CARBOSOL(1) d'étude de la pollution particulaire en composés carbonés. Ses objectifs étaient de faire un état des lieux de la quantité et de la composition des aérosols carbonés à l'échelle de l'Europe mais également d'en déterminer les sources. Il s'agissait notamment de définir les parts respectives des combustibles fossiles (transport, industrie, chauffage au fioul et au gaz) et de la biomasse (chauffage au bois, feux de végétaux) à cette pollution. Les recherches développées par ce programme, coordonné par Michel Legrand, directeur de recherche CNRS au LGGE(2), ont été soutenues par l'INSU-CNRS.
Les principales méthodes utilisées dans ce programme faisaient appel à des traceurs chimiques et au carbone 14 (14C). Le levoglucosan, sucre produit lors de la combustion de la cellulose, s'est avéré un excellent traceur chimique permettant de relever sans ambiguïté les émissions dues à la combustion de biomasse. Le 14C, quant à lui, est un isotope radioactif du carbone qui se désintègre trop vite(3) pour se trouver dans les combustibles fossiles, mais qui est présent dans la biomasse.
Les chercheurs ont ainsi établi qu'en hiver, 50 à 70% de la masse des aérosols carbonés provient de la combustion de biomasse, ceci partout en Europe et aussi bien pour les masses d'air étudiées près du sol qu'en altitude. Les sites de mesure allaient en effet de la côte portugaise à la Hongrie, en passant par les observatoires du puy de Dôme (1400 m) et du Mont Blanc (4300 m).
Bousculant les idées reçues, ces résultats confirment et généralisent des observations plus locales, comme celle réalisée en 2004 au centre de Zurich qui a montré que la combustion de biomasse est responsable d'au moins 40% de la pollution en particules carbonées. Par ailleurs, concernant les métropoles françaises, une première étude conduite au cours de l'hiver 2007 par l'INERIS(4), à la demande du ministère de l'Écologie et du développement durable, avec la participation du Laboratoire de chimie moléculaire et environnement (LCME, Université de Savoie), du LGGE et des Associations agréées de surveillance de la qualité de l'air (AASQA) de Paris, Lille, Strasbourg et Grenoble, a remis des résultats très similaires à ceux obtenus à Zurich.
Si de nombreux et coûteux efforts ont été faits et se poursuivent pour limiter la pollution particulaire carbonée, ces nouvelles études suggèrent que la manière la plus efficace de limiter cette pollution à l'échelle continentale, notamment en hiver, consisterait à s'attaquer principalement à la combustion de biomasse, par des évolutions technologiques et une réglementation sévère limitant ses modes d'utilisation. De telles mesures sont d'autant plus nécessaires, que de récentes études épidémiologiques ont souligné la similarité des effets sur la santé entre les fumées de combustion de biomasse et les produits pétroliers (diesel), tant dans la nature que dans la fréquence des troubles engendrés (affection respiratoire, cancer du poumon…). De nombreux États ont d'ailleurs interdit depuis longtemps les feux de cheminées ouvertes, les feux agricoles et ceux de jardins.
- Legrand, M. and H. Puxbaum, Summary of the CARBOSOL project: Present and Retrospective State of Organic versus Inorganic Aerosol over
Europe, J. Geophys. Res., 112 (D23), doi:1029/2006JD008271, 2007.
- Pio, C., M. Legrand, T. Oliveira, J. Afonso, C. Santos, A. Caseiro, P. Fialho, F. Barata, H. Puxbaum, A. Sanchez-Ochao, A. Kasper-Giebl, A. Gelencsér, S. Preunkert, and M. Schock, Climatology
of aerosol composition (organic versus inorganic) at non-urban sites on a West-East transect across Europe, J. Geophys. Res., 112 (D23), doi:1029/2006JD008038, 2007.
- Puxbaum, H., A. Caseiro, A. Sánchez-Ochoa, A. Kasper-Giebl, M. Claeys, A. Gelencsér, M. Legrand, S. Preunkert, and C. A. Pio, Levoglucosan levels at background sites in Europe for assessing the
impact of biomass combustion on the European aerosol background, J. Geophys. Res., 112 (D23), doi:1029/2006JD008114, 2007.
- Gelencsér, A., B. May, D. Simpson, A. Sánchez-Ochao, A. Kasper-Giebl, H. Puxbaum, A. Caseiro, C. Pio, and M. Legrand, Source apportionment of PM2.5 organic aerosol over Europe:
primary/secondary, natural/anthropogenic, fossil/biogenic origin, J. Geophys. Res., 112 (D23), doi:1029/2006JD008094, 2007.
- Szidat, S., T.M. Jenk, H.W. Gäggeler, H.A. Synal, R. Fisseha, U. Baltensperger, M. Kalberer, V. Samburova, S. Reimann, A. Kasper-Giebl, and I. Hajdas, Radiocarbon (14C)-deduced biogenic and
anthropogenic contributions to organic carbon (OC) of urban aerosols from Zürich, Switzerland, Atmos. Environ., 38, 4035–4044, 2004.
- Naeher, L.P., M. Brauer, M. Lipsett, J.T. Zelikoff, C.D. Simpson, J.Q. Koenig, and K.R Smith, Woodsmoke health effects: A review, Inhalation Toxicology, 19:1, 67-106, doi:
10.1080/08958370600985875, 2007.
1) Outre la contribution française du LGGE, ce projet européen (2001-2005) rassemblait des chercheurs allemands (Institut für Umweltphysik, Heidelberg, Max Planck
Institute for meteorology, Hambourg), autrichiens (Université technique de Vienne), portugais (Université d'Aveiro), hongrois (Université de Veszprém) et norvégiens (Institut météorologique
norvégien, Oslo).
2) Laboratoire de glaciologie et géophysique de l'environnement (CNRS / Université de Grenoble 1).
3) Sa demi-vie est de 5700 ans.
4) Institut national de l'environnement industriel et des risques.
Source : CNRS